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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 16:52

Paru en octobre 2009, l'essai de l'historienne Arlette Farge explore un aspect assez méconnu de l'histoire culturelle et sensible du siècle des Lumières : les voix, leurs usages et leur pouvoir dans la France des années 1750 à 1790.

Cette histoire des voix est racontée comme une histoire de la mémoire populaire. Les recherches d'Arlette Farge passent par l'histoire de la langue française, de la culture orale et des langues parlées. Elle revient sur les voix de la rue, les ordonnances du roi, les voix des enfants, celles des conversations amoureuses, tout en rappelant le projet de réglementer le patois et d'unifier les sons.

Au XVIIIe siècle, l'oralité triomphe ; la voix et son timbre sont les moyens privilégiés de la population pour être au monde. La rue, les salons résonnent des conversations, badinages, disputes, annonces royales sur jeu de trompettes, paroles du pouvoir et de l'Église, chansons à un sol, musiques jouées à tout va. Ils contiennent aussi les cris, les gémissements, les voix du désarroi, de la folie, celles qui s'échappent des immeubles, des prisons et des hôpitaux. La société populaire est un immense champ sonore et vocal. Les chroniqueurs, les élites, petites ou grandes, décrivent cette ambiance vocale comme un chaos, un toho-bohu incompréhensible et assourdissant. Un aspect des plus intéressants de la vie sociale d’Ancien Régime qui aurait toutefois pu être étendu aux textes de voyageurs qui parcourent les routes d’Europe. Hors des frontières, pour ceux qui s’aventurent jusqu’à la ville de Venise par exemple, cette atmosphère de tapage incessant qui règne d'ordinaire dans les grandes villes françaises se voit confrontée au calme religieux des ruelles et des canaux de la Sérénissime.

Toutes ces voix se sont enfuies à jamais pourtant elles sont la matrice de communautés n'ayant guère accès à l'écrit. Arlette Farge les recherche à travers les archives dans lesquelles ont été notés parfois les timbres de voix et les intonations des uns et des autres. Elle trace une ligne fragile, aux confins de la linguistique et de la musique, et parvient à nous faire entendre « ces voix démultipliées sans lesquelles nous ne sommes rien ».

« Écouter l'archive, ceux qui s'y expriment et ceux qui, à travers elle, sont parlés est une utopie mêlée à une exigence de recherche. C'est aussi une des formes du deuil inachevé que l'histoire porte en elle. » Arlette Farge.

 

A. Farge, Essai pour une histoire des voix au dix-huitième siècle, Montrouge, Bayard, 2009.

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Published by le-jardin-de-laetitia - dans Bavardages en tous genres...
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